A cause de sa critique (souvent pertinente) du monde moderne, à cause aussi du ton entraînant de ses écrits, l'auteur italien Julius ÉVOLA (1898-1974) est parfois pris comme maître à penser par des jeunes qui essaient d'échapper à la décadence actuelle. Mais ce choix est-il judicieux ?
Le professeur Paolo TAUFER répond à cette question en présentant méthodiquement la pensée de Julius ÉVOLA : sa philosophie, sa religion, sa morale et sa mystique :
- une philosophie séduisante, mais irréaliste : il n'y a rien d'autre que le Moi absolu ; la logique, qui dit le contraire, n'est qu'une illusion à dépasser ;
- une religion sans Dieu transcendant : l'homme doit seulement atteindre «les états supérieurs de l'être» ;
- une morale sans loi : il faut dépasser tout dualisme entre le bien et le mal, n'avoir d'autre loi que sa propre volonté ;
- une mystique sans grâce surnaturelle : un parcours d'auto-salut utilisant magie et rites initiatiques.
La philosophie, la religion, la morale et la mystique d'ÉVOLA sont avant tout un anti-catholicisme. Elles s'opposent à la religion chrétienne de la même façon que Satan s'oppose à Dieu. Alors que le catholicisme reconnaît que l'homme est limité et ne peut trouver son bonheur que dans une saine humilité (soumission de l'intelligence au réel : c'est le réalisme philosophique d'un saint Thomas ; soumission au mode d'emploi de la nature humaine : c'est la morale ; soumission à l'Être parfait et créateur : c'est la religion et la mystique), ÉVOLA prône un auto-accomplissement basé sur l'orgueil : séduisant, mais trompeur.
Paolo TAUFER montre de façon précise, en s'appuyant sur les textes mêmes de l'intéressé, qu'ÉVOLA fut en fait
un haut initié de l'ésotérisme gnostique – cet ésotérisme qui est justement l'un des principaux agents de la décadence moderne !
La séduction exercée par Julius ÉVOLA vient surtout de ses thèses politiques, historiques et sociales, aussi Paolo TAUFER les examine ensuite. Pour ÉVOLA :
- la société idéale, très hiérarchisée, est dominée par une «royauté divine», qui n'est autre que l'homme divinisé par l'initiation ; elle s'organise en un système de castes ;
- la civilisation vient du Nord : des «terres hyperboréennes», où vivait une «race de l'esprit», héritière de la tradition primordiale ; la dernière grande manifestation de cette civilisation traditionnelle, élitiste et virile, fut l'empire romain ;
- l'histoire de l'humanité est celle de sa chute progressive depuis l'âge d'or de la «race de l'esprit», jusqu'aux ruines actuelles ; parmi les étapes de cette chute, Évola cite la Renaissance, la Réforme et la Révolution française, mais aussi, et surtout, la naissance du christianisme, début de l'âge noir des peuples.
Certes, Julius ÉVOLA a raison de dénoncer avec vigueur la décadence du monde moderne ainsi que ses mythes les plus absurdes. Il est attirant lorsqu'il exalte la
chevalerie médiévale, le sens de l'honneur et le goût de l'effort. Il propose une certaine spiritualité, en un siècle où règne le matérialisme le plus grossier...
Et pourtant, Paolo TAUFER montre que
tout est faussé chez lui :
- pourfendant l'égalitarisme contemporain, il ne combat pas son principe, l'orgueil, mais manifeste un orgueil encore supérieur en prônant une société de castes ;
- exaltant la chevalerie il la déforme dans un sens anti-chrétien ;
- prétendant célébrer la civilisation occidentale, c'est en fait, sous un déguisement romain, l'hindouisme qu'il promeut.
En définitive, c'est à la
haine du Christ qu'il entraîne les jeunes.
En 80 pages, citations et références à l'appui, le professeur Paolo TAUFER montre de façon documentée et convaincante que Julius ÉVOLA ne peut en aucune façon faire échapper les jeunes aux ruines contemporaines. Pour résister au mondialisme, au nivellement généralisé, à la décadence universelle, il faut trouver d'autres maîtres.