Les sociétés de pensée et la démocratie moderne
COCHIN (Augustin)
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Si l'on veut connaître un pouvoir démocratique comme il est, et non plus comme il veut qu'on le voie, ce n'est évidemment pas à lui qu'il faudra le demander. (.)
La société de pensée ignore sa loi, et c'est justement ce qui lui permet de se proclamer libre : elle est orientée à son insu, non dirigée de son aveu. Tel est le sens du nom que prend dès 1775 la plus accomplie des sociétés philosophiques, la capitale du monde des nuées : le Grand Orient. (.)
Les sociétés de pensée ne sont pas le socialisme, mais le milieu où le socialisme est sûr de poindre, de croître et de régner, quand rien ne l'annoncerait, comme dans les loges de 1750. La société réelle n'est pas la révolution, mais le terrain où la révolution perdra, où l'autorité, les hiérarchies gagneront, quand tout serait révolutionnaire, hommes et lois, comme dans la France de thermidor an II, sitôt brisé le joug social des Jacobins. (.)
C'est un devoir pour les initiés. "Il faut les forcer d'être libres", a dit Rousseau. Les jacobins de 93, qui ont affaire à des adultes, s'y prendront par la Terreur ; ceux de 1909, qui ont le temps de penser aux enfants, par l'enseignement forcé et la main-mise légale. La liberté imposée de la sorte est un dogme, qui dépasse et contraint dans un sens la volonté actuelle d'un peuple, comme l'autorité politique ou religieuse dans l'autre. (.)
Dès le 28 juillet 1789, l'un des chefs du parti de la liberté, Duport, proposait de fonder un comité des recherches qui pût violer le secret des lettres, et enfermer les gens sans les entendre. C'était rétablir les lettres de cachet, moins de quinze jours après la prise de la Bastille, mais au nom du salut public, et contre les ennemis de la liberté.
Rien de plus naturel, dès lors, aux yeux des philosophes, entraînés depuis trente ans à ce genre de dialectique. La motion fut votée et fit fortune, comme on sait. (.)